Spleen…..

Aujourd’hui est un jour spécial, c’est le jour où s’est concrétisé la pensée.

Cette pensée que j’ai, chaque fois que je rencontre un nouvel homme dans ma vie: « Comment notre histoire va t-elle s’achever?? »
Aujourd’hui mon histoire s’est achevée (comme me l’avaient prédit mes chères « amies »).
Elle s’est achevée dans la douleur et l’humiliation.
Maintenant je ne suis plus rien, mon coeur est naze.
Ma nuque me fait mal, je ressens une lourdeur abominable qui me donne l’impression de porter tout le poids du monde. C’est sûrement la fatigue. Une énorme fatigue pour m’être investie dans cette relation ambiguë aux perspectives inexistantes.
Je n’ai pas l’impression d’être la fille la plus intelligente du monde mais les expériences précédentes m’ont tout de même permis de ne pas choisir n’importe qui et encore moi d’agir de façon naïve.
Pourtant j’y crois toujours et même si j’ai mal, je continue à croire que quelqu’un est fait pour moi sur cette putain de planète mais ce n’est pas lui….
Toute façon, ça ne pouvait être personne. Je sais que je ne suis pas prête, du moins pas suffisamment épanouie ou en accord avec moi même.
Mon coeur, mon corps, ma tête sont emplis de haine et d’aigreur. La haine de tous ces autres qui ne comprennent rien, qui ont une vie que je déteste et que je redoute d’avoir.
Je vis dans un mal être oppressant et omniprésent.
Alors que tout semblait s’éclaircir, ma hantise de revivre une fin d’année aussi difficile que celle de 2007 me poursuit et me fait craindre le moindre échec.
Je ne sais pas pourquoi mais j’ai tendance à être superstitieuse: je ne peux pas m’empêcher de croire que Dieu me réserve de très courts cycles de bonheur où tout à l’air de réussir pour enchaîner sur de longues spirales d’échecs.
Celle de 2010 est en train de commencer.
La seule école de journalisme que je voulais absolument tenter, à refuser mon dossier et toute possibilité de dérogation à cause de mon âge avancé (oui après 25 ans on est considéré comme un reclus de la société LOL).
Pourtant je n’ai pas ménagé mes efforts pour y arriver, je me suis rendue jusqu’à l’école, plaidoyer en ma faveur et leur expliquer à quel point ce système est profondément injuste dans ma situation mais la femme qui s’occupe des dossiers n’en avait rien à faire. La réponse était définitive et sans appel. Hors de question que je passe le concours!
CELSA…. l’école qui me faisait rêver ces 6 derniers mois est devenu un rêve inaccessible, comme lui…
Dans OM SHANTI OM, le personnage principal interprété par mon idole Shahrukh Khan, reçoit un prix et voici ce qu’il dit:
 « Je n’ai qu’une chose à dire.
Je t’ai tellement désiré, tellement rêvé.
Alors c’est vrai, le monde entier a uni ses forces pour que je t’obtienne.
On dit souvent que quand on veut quelque chose de tout son coeur, le monde entier fait tout pour nous aider à l’obtenir. »
Aussi banal que peuvent paraître ces quelques mots convenus, ils ont eu une résonance incroyable en moi. Je venais de prendre conscience ce qui distingue les êtres exceptionnels des autres.
Une force mentale et une foi sans commune mesure.
Depuis j’essaye de vivre, réagir dans cet état d’esprit avec pour seul ligne de mire: des buts à atteindre.
Je cherche uniquement à m’accrocher à ces objectifs. Tout mon être est fixé là dessus.
Les autres ne sont plus importants, leurs blablas ne m’intéressent pas. Mais il est peut être difficile  de dépasser les ondes négatives que ceux-ci vous imposent par leurs commentaires pessimistes, leur jalousie, leur suffisance…
Les autres c’est aussi lui.
Je me suis laissée emporter sachant pertinemment à quel point l’amour, les sentiments sont des freins à mes objectifs.
J’ai la rage parce que je savais où cela menait mais j’y suis allée, j’y suis allée parce que je pensais que ça en valait la peine mais je me suis trompée… et me suis détournée de mes objectifs.
Désormais tout est limpide dans ma tête: je suis faite pour être seule, je n’ai pas le temps pour l’amour.
Et j’ai l’impression que c’est  beaucoup trop d’investissement pour si peu de bonheur. 
Je crois aussi m’être attachée à une personne factice. Que cette personne face à moi qui me rend dingue et me fascine par son intelligence, sa perspicacité et sa beauté, n’existe pas finalement. 
Si elle avait vraiment existé on serait ensemble aujourd’hui. 
Peut-être cette relation n’aurait pas duré. J’en suis même sûre parce que j’attends trop de l’autre.
Cette histoire m’a juste permis de comprendre que je ne peux pas aimer ni être aimée si je ne commence pas par m’aimer moi-même.


J’ai aussi compris qu’il fallait que je me détache de cet idéal fantasmé que je traîne depuis mon adolescence.
Tous les hommes que j’ai rencontré et que j’ai cru aimé correspondaient à un type « idéal ». Ils réunissaient tous les critères supposés garantir une relation passionnelle, désintéressée, amoureuse.
Pourtant, je me suis bien cassée les dents.

Mon premier petit ami L. était l’incarnation de mon homme idéal à 15 ans je voulais impérativement qu’il soit blanc (vous comprenez ils sont plus beaux dixit les magazines pré-ados comme Girls, 20 ans et cie… sans oublier  les séries en tout genre où le beau gosse de service était forcément blond ou brun (ah Dylan, Brandon, Jack…), ils sont aussi plus ouverts (Moi j’aime l’Afrique, les gens sont tellement simples, souriants blablabla), ils sont moins machos (eux au moins ils font la vaisselle, ils respectent les femmes) j’en passe et des meilleures. Enfin c’est à peu près le schéma mental qui s’opérait chez moi.

Je voulais aussi qu’il soit d’un niveau social élevé, plus âgé, indépendant. 
L. était blanc, il avait 8 ans de plus que moi et vivait à Sèvres, il faisait des études d’Histoire et comme je le voulais il avait son petit appart. à même pas 10 min. de Paris.
Le problème c’est que ce genre de profil n’induit pas que cette personne sera « bien » et je l’ai appris à mes dépends.
L. était un homme énigmatique dans le sens péjoratif du terme. C’était le genre de mec un peu perdu, menteur, pas du tout sûr de lui-même. 
L. était tout plein de condescendance et de mépris pour les gens qui ne venaient pas de son milieu social; une après-midi sur Paris et il fustigeait toutes ces « racailles de sortie qui viennent polluer l’espace parisien », il n’hésitait pas à me faire remarquer que « nous les noirs, on était ceci celà…. » alors qu’il n’avait qu’un « ami » noir et surtout L. aimait me fréquenter car il en avait marre de sortir avec le même profil de femmes (blanches, rousses de préférence, maigres etc…), ça le changeait, une petite négresse. 
Moi obnubilée par la réelle attraction que l’on avait l’un pr l’autre, je tolérais ses propos abjectes, simplistes et profondément débiles. Et voilà comment je fus embarquée dans une histoire passionnellement plate, faite de ruptures, de retours, de non concrétisation.
Lui avec le même mépris affiché: j’ai toujours été sidérée par son attachement pour moi alors qu’il vouait un malin plaisir à me démontrer à quel point il me méprisait, exemple: me poser un lapin en ayant le portable sur répondeur…. à deux reprises! ou encore partir en voyage sans me prévenir…. et d’autres petits coups super méchants mais que j’ai occulté de ma mémoire.
Vraiment L. était ce qu’on appelle un connard. 
Pourtant chaque année, il revenait en force, vous comprenez « il n’arrive pas à m’oublier ». L’été dernier j’ai accepté de le revoir dans un café à Bastille, on a discuté durant des heures. Je me suis alors aperçue que L. était un complexé de la vie sans aucune assurance et un gros rageux: il affirmait que moi j’avais plus de chances de réussir dans les médias que lui (???? vs voyez beaucoup de journalistes femmes noires dans les équipes rédactionnelles???), qu’il était contre la discrimination positive car il n’y a pas de discriminations (????). Cette conversation édifiante ne méritait aucune réponse. Il a quand même osé finir son interminable monologue sur tout et RIEN par « Audrey, toi et moi, il y a quelque chose, on se retrouvera toujours (?!) ». Je n’ai même pas ri tellement j‘étais affligée presque honteuse d’avoir cru aimer ça! 
On s’est quitté sur une bise et je me suis sentie libérée. Libérée de cet être médiocre finalement tout petit et sans intérêt et je n’ai plus jamais répondu à aucun de ses messages.
Entre la 3e ou 4ème rupture avc L. (en tout cas à la rupture définitive lol), je me suis quand même remise en question : comment avais-je pu me fourvoyer autant? d’abord il était clair que tout n’était pas une question de couleur, qu’il soit noir, blanc, arabe, asiatique… tout ce que vous voulez, un homme reste un homme. (cf mon article les hommes préfèrent mentir)
Un jour en lisant le livre de Ténavian, la lepénisation des esprits, j’ai eu conscience des préjugés et de la profonde méconnaissance que j’avais sur les gens de la même couleur que moi. 
Puis au fur et à mesure de mes lectures, j’ai saisi le profond complexe d’infériorité qui m’habitait, une forme de négation de ma nature qui était indispensable à mon « intégration »
J’étais mise face à mes contradictions, au mépris de moi-même en étant obsédée par les blancs pensant qu’ils me sortiraient de ma condition. J’étais profondément aliénée et les 2 autres blancs avec qui je suis sortie juste après ma rupture avec L. n’ont fait que confirmer le problème. Tous voyait en moi une africaine (sic!) qui était sensée avoir des qualités physiques (bon coup, sexuellement sauvage….) et culturelles (tu sais préparer le tiep??parce que j’adore le tiep!) que bien sûr j’étais loin d’avoir étant française LOL (je me demande même si une africaine possède réellement ces qualités!).
ANYWAY, ils ont vite déchanté et moi je me suis barrée. 
Depuis cette prise de conscience, le monde a changé et j’ai enfin pu m’affirmer.  Petit à petit je me suis réappropriée mon « identité noire », celle que je fuyais depuis mon enfance.  
Ceci dit, je ne boycotte pas totalement les blancs (certaines personnes en me lisant ont l’air de prétendre que je suis une communautariste, limite une raciste anti-blancs), il évident que le blanc avec qui je pourrai vivre une magnifique histoire d’amour, est celui qui saura faire abstraction de ma couleur noire, celui qui est capable de voir qu’il n’y a pas de différence entre lui et moi ou plutôt celui qui ne rélèvera pas en longueur de journée « tu es noire, je suis blanc! vive le mélange!!!! »
Malheureusement pour 3/4 des couples mixtes, c’est parce que l’autre est différent, « exotique » qu’on se met avec, c’est pour sortir des sentiers battus soi disant… Et bien moi loin de ces idées conventionnelles à 2 balles j’espère être surprise et tombée amoureuse d’un mec sans couleur! Va savoir ce que c’est mais je n’ai plus d’idée préconçue, j’attends le bon, un point c’est tout!


Depuis ces épisodes désastreux, j’ai saisi ce qu’induisait l’amour. Mon échec actuel me renforce dans cette idée que donner de l’amour, c’est d’abord s’aimer soi-même et une fois qu’on aime on peut en donner à l’humanité entière…. (oui oui je suis fleur bleue lol)
Le véritable amour est définitivement dénué de tout postulat. 
Pas question d’affirmer que l’homme de ma vie sera noir grand musclé drôle brillant et riche lol ( Mon échec était incroyablement beau et intelligent c’était déjà pas mal…)
Car l’amour véritable est une quintessence, abstraite insaisissable juste l’expression d’un altruisme inné: vouloir pour l’autre ce que l’on désir pour soi bien évidement ça concerne des désirs positifs je parle ici d’un amour désintéressé, de don de soi. 
Dans un autre film de Sharukh khan (Décidement he’s the best! lol), son personnage regarde la femme qu’il aime en se disant « quand je la vois c’est Dieu que je vois »
L’amour c’est ça…
Mon échec ne m’aimait pas il était juste en mal de sensations fortes.
Et moi je crois que je suis en mal d’amour….
Mais pour le moment il faut arrêter de souffrir et avancer… 
Laissez le temps au temps de…. et on verra (enfin vite parce que là ma mère pète un plomb, hier soir elle m’a encore sorti « Audrey c’est grave tu as bientôt 26 ans et tu n’as toujours pas de petit copain!) je sais Maman Merci de me le rappeler!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! 
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Auteur : manyyyyyyyy

Jeune trentenaire, enseignante, afroféministe et panafricaine, je m'attèle à ce que le monde et moi cheminions vers plus de justice, de paix et d'amour.

2 réflexions sur « Spleen….. »

  1. Courage Audrey ! J'ai bien aimé cet article et je suis plutôt d'accord avec toi.
    Des hommes bien il y en a, il suffit juste d'arrêter de se fixer des critères et d'être trop exigeante, car souvent on ignore les plus effacés qui ne sont pourtant pas moins intéressants que les autres.
    Tu trouveras, j'en suis sûre 😀

Allez ! Tu as bien quelque chose à dire :-)

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