Le racisme culturel, ce mal trop souvent occulté – 1ère Partie

Ce post est le premier d’une série de 3 posts sur un aspect du racisme trop peu questionné : le racisme culturel.
Difficilement perçu et donc plus pernicieux, il constitue un enjeu de taille pour les racisé-e-s de France : comment assumer, affirmer son identité de descendants d’une rencontre brutale entre blancs et racisé-e-s, sans tomber dans une approche caricaturale de sa culture d’origine telle qu’elle est présentée et représentée. Ceci dans un pays qui a construit son hégémonie par l’affirmation de sa supériorité culturelle au détriment de ses particularismes régionaux et locaux mais surtout par la négation totale des cultures non-européennes dites « du Sud ». 
Ici, j’aborde un problème sémantique, à l’origine d’une perception raciste des cultures non-européennes, qui autorise des pratiques racistes quotidiennes. Dans le 2ème post, j’évoquerai la nécessité de sortir d’une vision européano-centrée de la culture, notamment dans la construction des savoirs et savoirs-faire et dans un 3ème post, je parlerai de la spécificité de la négrophobie dans ce racisme culturel.
ENJOY et SURTOUT n’oubliez pas de commenter 😀

Modernité/Tradition, 2 concepts historiquement connotés et problématiques
  • « Elle est musulmane mais c’est une fille très moderne tu sais » – dit la jeune fille en pleine discussion téléphonique assise près de moi dans le métro.
  • «Comment se fait-il que je ne vois aucune trace de la civilisation kongolaise au coeur de la capitale ? rien de ce qui montre qu’on est au Kongo, de ce qui caractérise sa culture, son génie créatif…» demandais-je à ma cousine, journaliste, lors de ma visite du quartier de Gombe à Kinshasa. Elle me dévisagea avec étonnement et me répondis «je ne comprends pas ta question, toi ce que tu veux, c’est voir le village ? là-bas, ils continuent à vivre comme aux temps des ancêtres, ici c’est la modernité tu sais»
  • «De plus en plus de femmes indiennes aspirent à une autre vie, dégagée des modèles traditionnels» indique la voix off d’un documentaire diffusé sur la chaîne télévisée, Arte.

Comme à chaque fois que je regarde un documentaire fait par des blancs occidentaux sur des non-blancs non occidentaux, dans leur vie quotidienne, sur leur territoire, inlassablement la problématique abordée est celle d’une tension entre « modernité » et « tradition », et chaque fois, un profond malaise m’habite. Mais ce qui m’inconforte le plus, c’est d’entendre dans mon entourage proche – ou pas – des racisé-e-s qualifier de «traditionnel» tout ce qui a trait à leurs cultures d’origine, comme dans l’exemple cité ci-dessus.

 «Les mots sont importants»… encore plus dans la lutte anti-raciste, il me paraît donc indispensable de rappeler en quoi les termes «modernité» et «tradition» sont une violence symbolique, trop couramment utilisés, rarement remis en question alors qu’ils renvoient à toute une idéologie colonialiste et raciste de la culture et des civilisations.

Pourtant l’islamophobie instituée – sous couvert de laïcité – les discours nauséabonds sur l’énigmatique effondrement de la civilisation occidentale, assénés tous les jours dans les médias par les Finkielkraut, Zemmour & Co, les élucubrations du sociologue Hugues Lagrange qui s’interroge sur les origines ethniques/culturelles de la délinquance en France dans son ouvrage « le déni des cultures » et at last but not least, l’affirmation de Claude Guéant, «toutes les civilisations ne se valent pas» , qui – je l’ai entendu à plusieurs reprises – fait figure de «celui qui a dit tout haut, ce que tout le  monde pense tout bas» sont révélateurs.

Tous ces exemples montrent que le racisme ne concerne pas uniquement la hiérarchie des races socialement construites par l’histoire mais aussi la culture et le problème de la différence culturelle. Ce qui est un énorme souci dans notre contexte de suprématie de la culture occidentale.

Même si mes élèves, du haut de leur âge ingrat, me demandent toujours à quoi peut bien servir l’Histoire, vous vous doutez bien qu’il est inévitable de remonter dans le temps pour comprendre d’où sortent ces termes et pourquoi ils constituent une entrave à l’égalité et au respect de tous tant prônés mais peu appliqués.

La modernité, on le sait, c’est cette période de l’Histoire occidentale où les Européens jouissent du progrès technique, érigent le capitalisme en vertu économique, font de l’Etat le sacro-saint du saint pour la bonne gestion sociale et surtout se lancent à la conquête et à la domination de tous les continents entre le XVIe et XXe s.

Cette épisode faste de violences, de hiérarchisation des êtres humains selon leur peau et leur culture doit sa grande efficacité par la construction de toute une idéologie basée sur la supériorité culturelle et civilisationnelle de l’Europe, confirmée par les scientifiques prétendumment objectifs et largement répandue dans le temps et dans l’espace.

Ce long processus d’appropriation et de domination d’espaces, de populations, de ressources aussi diverses «qu’infinies» (d’ailleurs, n’est-ce pas la preuve de leur supériorité, doivent se dire les ignares, car qui sait qu’en réalité cette domination fut moins effective qu’il n’y paraît) a totalement destructuré des sociétés qui avaient leurs propres existences avec ses savoirs académiques ou pas, ses visions du monde, ses interprétations propres des phénomènes sociaux, son Histoire, ses contradictions, ses conflits et ses recompositions au fil du temps, au gré des migrations humaines, d’échanges, de commerce, bases des « métissages » et des hybridations culturels.

Contrairement à ce que l’on souhaite nous faire croire et ce que beaucoup trop d’entre nous croit, les sociétés de nos pays d’origine avaient leurs propres mécanismes d’évolution ! Elles ne sont pas sorties des âges préhistoriques pour rester telles quelles jusqu’à l’arrivée des Européens ! Les changements étaient courants et importants ! Même sur le continent africain, réputé enclavé, peu réceptif aux apports extérieurs en raison de ses contraintes géographiques et climatiques…

Il est important de rappeler cela pour ceux qui s’y intéressent un minimum, rappeler que les sociétés non européennes sont des sociétés humaines dans ce qu’il y a de plus commun… Mais l’ignorance – largement due au déficit d’études socio-historiques non europeano-centrées – et la  caricature rendent leur lecture compliquée.

D’autant que la colonisation fut un moment tragique car elle est venue figée ces sociétés, en les enfermant dans une identité – listée, classée par l’administration et les « scientifiques ». Une identité pourtant altérée car dans l’obligation de se reconstruire à partir de cette domination imposée par la violence – en contexte colonial, il ne s’agit pas juste de violences physiques mais aussi psychologiques et symboliques tandis que les cultures de base étaient simplifiées, reléguées, minimisées notamment à travers l’utilisation des termes «moderne» et «tradition». Et aujourd’hui, le tourisme – secteur économique important dans une grande majorité des pays dits du « Sud » – perpétue de manière vicieuse, la folklorisation et donc le rabaissement des cultures non-européennes.

Mais la grande défaite est l’intégration du complexe d’infériorité culturelle par les élites racisé-e-s, exacerbée de nos jours. Ça se traduit par le manicheisme raciste : culture de base = tradition, immuable, intemporelle donc obscure, stupide à rejeter et culture occidentale = modernité, progrès, idéal, lumière à assimiler.

Ce qui est flippant car les élites sont un des moteurs de changements. Or avec la mondialisation et l’adoption du modèle capitaliste, ces élites tendent à effacer tout ce qui relève de la culture de base, dans ses modes de vie, ses rapports sociaux, son modèle économique et son rapport à la religion, en la dépréciant de manière condescendante et en recourant à un discours raciste totalement aliénant. 

Combien de fois n’ai-je pas entendu ces privilégiés, tournés vers l’Occident, se plaindre de la masse grouillante, attachée à ses fétiches, à un Dieu inexistant, fatalement arriérée. Combien d’entre eux adoptent le langage, la gestuelle, les normes physiques des Occidentaux, au point de s’éclaircir la peau, à sur-consommer les produits occidentaux, à voyager en Occident pour rapporter à quel point ils sont forts ces blanc-he-s !

Parmi ces élites, je comprends aussi tous les racisé-e-s qui ont le « privilège » de vivre en Occident, qui en raison de l’éloignement des réalités mouvantes du bled, de l’approche très partielle de leur culture d’origine, tendent aussi à tomber dans une vision raciste de tout ce qui vient du bled, sans parler du rejet des primo-arrivants nommés « blédiens » ou pire « blédards ». Souvent, je dois supporter les discours racistes dans mon entourage d’afro-descendants : combien de fois, ai-je entendu des gens, revenant du bled larmoyer sur l’Afrique maudite, qui ne s’en sortira jamais, restée immobile dans ses traditions pourries, désorganisée, sale etc…

À L’inverse, d’autres – assez minoritaires, il faut le dire – rejetant l’occidentalisation de la culture, se réfugient dans un âge d’or de leur histoire socio-culturelle en prônant un retour à l’authenticité, un « retour vers soi » angélisé, dépouillé d’infériorité et… de toute nuance. Mais là encore, ils nient les évolutions internes, les énormes changements, recompositions qu’ont connu les sociétés et cultures que j’évoquais plus haut. On se retrouve alors avec des groupes « extrémistes » à la recherche d’un islam authentique parmi les arabo-musulmanEs ou une revivance de la religion mâat chez les panafricain-e-s.

Ces 2 attitudes opposées prouvent que contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, la culture n’est pas envisagée de manière égalitaire dans notre monde. Il y a une hiérarchisation de la culture qui impose soit l’une soit l’autre à tous les racisé-e-s, en particulier à ceux qui vivent en Occident et surtout empêche la cohabitation équilibrée, sereine de la culture occidentale avec la culture non-occidentale.

Alors que le métissage « racial » accentue la confusion en supposant que mélange entre blanc et racisé = mélange équitable entre culture occidentale et culture non-occidentale, on doit malheureusement reconnaître que le métissage culturel est très inopérant – encore plus si on vit en Occident – ce qui est normal car nous sommes juste le fruit de la société dans laquelle nous vivons. La culture occidentale reste prédominante et ceci à raison car « toutes les cultures ne se valent pas ».

La « culture » étant la base de ce qui distingue l’être humain de l’animal, le mépris, la reléguation et  la condescendance des cultures non-européennes est un déchirement, un questionnement infernal pour tout individu racisé-e – une façon de douter de notre humanité. Et ceci doit être pris en compte, si nous souhaitons vraiment oeuvrer pour nos idéaux d’égalité, de respect et de paix.

 
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Auteur : manyyyyyyyy

Jeune trentenaire, enseignante, afroféministe et panafricaine, je m'attèle à ce que le monde et moi cheminions vers plus de justice, de paix et d'amour.

25 réflexions sur « Le racisme culturel, ce mal trop souvent occulté – 1ère Partie »

  1. Excellent article! Les Indiens ont beaucoup travaillé sur la notion de « modernité vs tradition » et ils sont d’ailleurs ceux qui arrivent le mieux à dépasser cette dichotomie. Tant leurs historiens que leurs sociologues ou leurs élites revendiquent l’évolution perpétuelle et consolident la déconstruction de la pensée coloniale. Je pense que nous devrions nous africains et afro-descendants tendre vers une démarche similaire.

    1. Merci beaucoup pour ton retour ! Je suis hyper flattéeee ! Merci aussi pour ces informations complémentaires ! Dès que j’aurais le temps je me pencherai plus sur ce qui se fait ailleurs car ça m’interesse énormément ! C’est exactement ce dont nous avons besoin et c’est clairement la raison pour laquelle je suis panafricaine 🙂

  2. Merci pour cet article excellent qui souligne bien la complexité de la société dans laquelle nous vivons. Trouver un juste milieu pour faire cohabiter deux cultures différentes dont nous avons hérité n’est pas facile, même avec tout l’amour et la fascination que nous pouvons porter à chacune, d’autant plus que le travail de mémoire n’est pas toujours assuré et transmis par les anciens, et la recherche d’informations fiables et non connotées sur notre culture d’origine est ardue. Bref, c’est parfois désespérant pour les jeunes qui sont plongés dans le bain occidental dès la naissance, et qui s’aperçoivent une fois adulte que les choses peuvent être différentes ailleurs.

  3. Merci Many pour cet article très intéressant! Il fait écho à ce que je lis en ce moment. La question du moderne/traditionnel est prégnante dans la perception qu’on a de l’art africain.

  4. Très très intéressant ce post ! Ca me rappelle qu’on n’est jamais à l’abri même quand on est noir et qu’on pense être conscient de ce racisme culturel.
    Un jour, lors des préparatifs de la dote d’une de mes soeurs, j’ai dit que tout ça c’était du folklore. Au vu de la réaction de mes oncles, j’ai compris que j’avais dit une grosse boulette. Ils m’ont expliqué en long, en large et en travers pourquoi cela n’était pas du folklore, que la tradition était importante surtout pour nous autres qui vivons ici en France. J’avoue cela m’a remis en question sur mes certitudes, moi le noir « conscient ». Sans le savoir je faisais du racisme culturel. Depuis je suis vigilant 😉

    1. Merci d’avoir confié cette anecdote ! je crois qu’à un moment donné on est tous tombé dans le piège.
      Comme toi, j’essaie d’être vigilante et c’est important surtout pr nous, les afro-descendants, (j’en parlerai de comment nos cultures ont vraiment le + souffert de ce racisme culturel) de désintoxifier l’esprit de tous ces mots qui n’ont l’air de rien alors qu’ils ne servent qu’à rabaisser une partie de ce que nous sommes ou de notre héritage, aussi minime soit-il 🙂

  5. ça c’est du super texte! C’est vraiment excellent, c’est mené hyper clairement, donc ça clarifie bien des choses dans la tête. C’est un article à faire tourner car il est très pédagogue sans être pompeux, bref, on te suit de A à Z sans être une seule fois perdu : c’est fluide!

    Sur le fond, c’est super, car tu me permets d’appréhender encore plus cette question et je trouve ça super que tu arrives à dénoncer la racisme culturel, à critiquer ces termes débiles, et hyper dangereux de « modernité » et « tradition », TOUT en évitant l’écueil de la « recherche d’authenticité » qui elle aussi est un énorme frein à notre épanouissement, parce qu’elle est faite de tellement d’injonctions, fussent-elles moins audibles que celles faites par les tenants du racisme culturel…bref, on s’en sort pas, mais avec ton texte…SI !

  6. Texte très intéressant en effet, mais je suis restée un peu sur ma faim. Dans le sens où j’aurais bien voulu connaître ton opinion sur une des solutions à apporter à ce problème. J’ai peut-être lu trop vite, si la réponse se trouve dans le texte je m’excuse d’avance.
    Autre chose, j’ai lu texte d’introduction de ton blog. Il est vraiment sympa et touchant cela donne envie de devenir ton ami (e) lol je souhaite que 2014 soit une année de bonheur, d’amour et de réussite pour toi.
    Tu sais, très souvent il m’arrive de lire vos tweets ou textes ( negre inverti, msdreyful* etc..) il m’est déjà arrivé de répondre à des articles de msdreyful ( désolée si j’ecorche le nom).

    A mon humble avis, si vous souhaitez rassembler le plus de monde à vos combats . Il faut que vous arriviez aussi, à faire entendre la voix des africains qui ne sont pas nés et grandis ici en France ( Europe) car la mentalité est vraiment différente. C’est un constat que j’ai fait en vous lisant cela peut vraiment être intéressant de mettre l’accent sur ces différences ( peut-être que cela a déjà été fait). Pourquoi? Car il m’est déjà arrivée de ne pas me sentir concernée sur certains sujets en me disant  » que c’est sûrement le fait que je ne sois pas née et grandie ici voilà pourquoi je ne vois pas les choses de cette manière » et c’est une des raisons qui fait que je ne commente pas régulièrement ou presque pas ( mais je lis vos blogs, tweets etc. Mais je garde mon avis pour moi 😉)
    Je ne sais pas si j’ai réussi à me faire comprendre surtout que j’ai fait du hors sujet. Depuis le temps que j’avais ça sur le cœur il fallait que ça sorte lol ( désolée aussi pour les fautes éventuelles je suis sur mon téléphone et cela me donne pas envie de me relire).
    Ton texte fait réfléchir et je me suis revue des années en arrière, avant que je me tourne vers le panafricanisme. Que de bêtises dites à l’époque concernant le fait de rendre moderne nos villes, villages, capitales -_- bref, je médite encore sur ton article car cela a soulevé un point intéressant chez moi à suivre…

    1. Merci pour ton retour 😀 Bonne année à toi aussi ! et oui soyons amis 😉
      D’abord, normal que tu sois restée sur ta faim, l’article est composé de 3 parties et la 2e – que je n’ai même pas encore corrigé – propose une solution partielle mais incomplète, difficile à appliquer concrètement. En ce qui concerne la lutte anti-raciste elle est tellement énorme – et indispensable – que je ne pense pas qu’il faille rechercher à se regrouper autour d’1 ou 2 voix. Perso, je n’entends pas jouer les leaders d’opinion ou rassembler le + de monde car ma voix n’intéresse q »un contexte particulier : être une femme noire française d’origine africaine en 2014. Jamais je me permettrais de parler de comment ça se passe en Afrique, n’étant pas africaine, ni au courant de ce qui s’y passe vraiment – je me méfie bcp de ce qu’on me rapporte j’écoute que mes proches africainEs qui vivent sr le continent – et mon dernier voyage m’a bien démontré à quel point j’étais polluée par les stéréotypes que les infos (médias, recherches, arts) renvoient de l’Afrique ms je comprends ta frustration.
      le mieux serait qu’unE AfricainE me réponde et me complète, que nous formions un réseau, que chacun apporte ses éléments, solutions en fonction de sa situation car le racisme couvre de multiples formes qu’1 personne ne peut pas appréhender à elle toute seule. En tout cas, tu m’incites à poursuivre ce blog car j’ai atteint mon but : poser des interrogations, faire réfléchir c essentiel 🙂

  7. Merci pour ton explication, je te comprends mieux à présent et j’attends la suite ( le tome II 😊) . L’idée de former un réseau en faisant participer une africaine est vraiment sympa. je t’en courage à le faire si c’est possible bien sûr, moi qui vit entre la France et la RDCongo je ne peux que confirmer il existe une différence de perception du racisme et de la façon même de lutter contre ça.

  8. Alors, si je me souviens bien de mes cours d’histoire de l’Art, le XXème siècle artistique en Europe et en Amérique à existé grâce aux artistes et à l’art africain.Les artistes sculpteurs africains ont inspiré une grande part des artistes occidentaux les plus déterminants des courants d’art occidental, or nos habitudes esthétiques se forgent en partie sur la production artistique.
    Je pense que l’on peut dire que le siècle aurait été radicalement différent pour l’art occidental sans les artistes africains.

    Évidemment, ça se sait peu. Il faut que Picasso soit un génie ex-nihilo, comme tous les courants bouleversant tous les codes qui ont suivit. Sauf qu’un code, ça ne se brise pas tout seul: sans l’apport d’une autre culture, sans l’écoute d’un autre point de vue, d’un autre parti pris artistique, on reste juste coincé dans le passé comme Cabanel.
    Nous devons à l’Afrique l’essor de l’art moderne.
    Il est bien parfois de le rappeler. La culture occidentale ne s’est pas faite toute seule, même si elle s’est imposée aux dépens de toutes les autres.

  9. Bonjour,
    Je suis née en France, tout comme mes parents, grands parents, arrières grands parents. Je ne sais pas remonter assez loin dans la généalogie de mes ancêtres pour voir autre chose que des personnes nées en France. Pourtant ce conflit entre tradition et modernité me concerne aussi. Certains enseignements /codes esthétiques dits classiques font l’objet d’une sanctification béate empêchant toute remise en cause… tout en étant méprisés par ceux qui n’y ont pas été initiés. Les conflits ne sont pas rares, il y a des résistances, des crispations…
    Dans un autre registre, il y a ces gens qui jettent les meubles en bois massif hérités de leur mamie pour acheter à bas prix des étagères en panneaux de particules bien polluantes. Et à l’inverse ceux qui donnent dans le faux traditionnel sans se rendre compte qu’ils ont peuplé leur univers de choses kitsch et vides de sens.
    Dans un troisième registre il y a ceux qui veulent du rituel pour son esthétique et sa symbolique, mais qui ne signent pas pour la croyance et la contrainte qui va avec.
    Le bric à brac de la vie est la chose la plus répandue au monde, c’est universel. La vérité c’est qu’on tous bien en peine de savoir ce qui nous définit et que, par conséquent, choisir un style de vie, des objets pour notre vie quotidienne et des rituels pour nous accompagner est un casse tête pour chacun de nous. Oui le casse tête est encore plus important dans les situations décrites dans cet article (car contraste important entre les courants qui s’affrontent, avec en plus l’histoire douloureuse qui envenime le regard que l’on peut poser sur ces questions). Mais il n’en reste pas moins que ces expériences décrites m’apparaissent comme humaines, profondément humaines.

  10. Dommage de conclure un bon article avec une note de spécisme envers les animaux… comme quoi l’humain reproduit continuellement le même schéma envers les espèces/races dites inférieures…

    1. Oui Ben étant éduquée et vivant dans une culture spéciste ça s’explique…
      Je suis consciente de l’être et j’avoue ne pas encore réfléchir à fond sur cette oppression là… Et perso je ne trouve pas que la lutte anti-spéciste portée par les Occidentaux me convienne car comme je l’expliquerai ds mon prochain article nous les NoirEs sommes les seulEs à être sans cesse rabaisser à l’animalité dc les + inférieurs des groupes humains et que l’enjeu est de récupérer notre statut d’humain et c pas l’anti-specisme occidental qui le fera…. En tout cas, Si je deviens anti-spéciste ce sera à partir des culturelles africaines qui regorgent de valeurs anti-spécistes.

  11. J allais juste dire que cet article était vraiment cool, et je vois ans les commentaires que tu parles d anti spécisme. Les anti speciste s occidentaux sont aussi anti racistes et egaliraristes et heureusement! 🙂

  12. Bel article, didactique et simple à appréhender, et très juste.
    Il fait écho au 1er post que j’ai lu de chez Cases Rebelles, relayé par @Negreinverti sur twitter, un cri lancé en 2010.
    (C’est d’ailleurs via leur blog que je t’ai découvert ^^)
    Je lui avais écris pour lui dire combien son article m’avait touché, et que je n’étais pas sûre d’un jour arriver à dépasser tout ça, tant j’ai été élevé dans ces chaînes. Ces chaînes c’est ce racisme culturel, ce dont tu parles dans ce texte, que j’avais intégré et dont je ne suis pas sûre de m’être débarrassé totalement. Plus je réfléchis à la question et plus je vois les tréfonds de cette imprégnation.
    J’ai hâte de lire la suite de tes textes.

  13. Texte très intéressant sur un sujet qui me touche particulièrement (coté asiatique et non africain mais le sujet reste le même). Je me suis souvent interrogé sur les questions de « modèle de développement », les pays dits en « voie de développement » étant poussés souvent à recopier des modèles occidentaux qui ne sont pas adaptés, sinon à en devenir les « esclaves » en ne produisant que pour l’occident et non pour leurs besoins propres.
    Au Vietnam, par exemple, on voit à la fois cela mais aussi la recopie de modèles régionaux (Russie il y a un temps, Thailande, puis Corée et bien sur Chine), du fait des migrations et expatriations. Aussi peut on s’offusquer de voir une architecture de moins en moins locale, surtout dans les capitales, avec des grandes tours de verre comme tous les grands centres financiers. Mais en grattant un peu plus derrière ces vitrines, on retrouve toujours de la culture vietnamienne.
    Récemment, je discutais avec des français installés à Pekin et qui regrettent que la capitale chinoise s’occidentalise, perde de son atmosphère. Difficile de juger car en même temps les Chinois ont le désir de monter en puissance à leur tour, parfois trop vite et en utilisant des « modèles » issus d’une éducation faite dans les grandes universités étrangères (ce qui tend quand même à diminuer).
    Le racisme culturel dont on parle ici est aussi à relier avec les circuits éducatifs et notamment des élites qui s’expatrient d’abord avant de revenir au pays. Un curseur difficile à mettre, c’est sur.

    1. merci pour ce commentaire instructif qui fait un pont du côté asiatique et justement c’est en m’intéressant aux cultures asiatiques – faute de modèles africains complexifies, j’étais aliénée et avais 1 image raciste d’une Afrique inférieure culturellement j’en parle dans un post de mon blog précédent Many Chroniques: une histoire indienne http://manychroniques.blogspot.com/2011/10/une-histoire-indienne.html?spref=tw – que j’ai pris conscience de ce qui se jouait d’un point de vue culturel !

      1. A la lecture de cette excellente autre chronique, je me dis qu’il y a matière à un article de mon coté, ne serait ce que sur l’architecture.. a suivre donc

  14. Merci pour ce bel article très important. La question de la modernité Vs traditionalisme est très importante.
    Les codes de langage utilisé pour les cultures qui ne ce sont pas occidentalisées sont très souvent le mêmes que ceux utiliser pour l’esclavagisme, la colonisation. Sauf que cette fois ci le langage est davantage codé.

    Moi je suis une Camerounaise qui vit en France depuis plus de 10 ans.

    La société occidentale aime regarder les autres cultures sur le prisme de ce que eux ils connaissent, ils pensent être le centre de l’univers, avoir la science infuse. Et ceux qui ne pensent pas comme eux, ont le même fonctionnement sociétal qu’eux sont juste rester dans un monde archaïque.

    Ce n’est pas pour rien que les grands militants de la décolonisation qui voulait mettre en place un système Communiste Africain (comme Ernest Ouandié, Thomas Sankara, Patrice Lumumba ….)ont tous été assassiné pour mettre en place les marionnettes de l’Occident.

    Nous retrouvons ce mépris dans la façon dont le monde occidentale consomme note art. C’est le cas par exemple avec le Musé des arts premiers( qui devait s’appeler musé des arts primitifs avant le pression des communautés concernées). Ce musé est un musé où il y’a les arts d’Afrique, d’Océanie et tout ce qu’ils considèrent comme art primitifs. Ce qui est curieux déjà c’est que apparemment dans ces parties du monde, l’art = masque. Il n’y a pas de peinture. Pas d’architecture. Rien, il n’y a rien qui date des 30 dernières années. Et puis le comble de l’histoire c’est que quand des artistes Européens comme Picasso, Giacometti,Niki de Saint Phalle… copient cet art primitif, tout d’un coup ça devient un chef d’oeuvre de modernité, une remise en question des conventions.
    Nous assistons en ce moment à la même chose avec les vêtements en pagne Wax. Je me rappelle il y’a 10 ans, les regards méprisants que l’ont nous jetés l’été quand nous mettions nos short et jupe en Pagne Wax, mais depuis que Burberry, Mcqueen ont utilisé du wax dans leur collection, c’est devenus In.

    En tout cas je te remercie pour cet article, qui pose des questions fondamentales.

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