« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » [proverbe africain] – Un cri d’amour à ma communauté afro !

Un passage éclair sur mon blog en attendant un retour digne de ce nom 🙂 ainsi que quelques nouvelles dont la plus belle : j’ai obtenu mon CAPES d’Histoire-Géographie ! Je suis enfin enseignante certifiée après 4 années en tant que contractuelle – statut ingrat et difficile, caractérisé par la précarité et le mépris. Enfin bref, cette période est définitivement révolue 😀
Je suis donc en plein préparatif de la rentrée après des vacances bien trop courtes car je n’ai jamais été aussi épuisée de ma vie tant je me suis investie dans cette réussite, grâce à Dieu. Malheureusement, mon ordi m’a aussi lâché et je ne peux m’en offrir un autre pour le moment donc, je ne peux écrire la dernière partie de racisme culturel, ni sur d’autres sujets qui me tiennent particulièrement à cœur 😦
Mais là, j’ai tenu à faire un effort pour écrire cette déclaration d’amour à ma communauté aussi problématique soit-elle, contre vents et marées.

Il y a une semaine, j’ai eu une altercation violente avec un twittos « panafricain » qui sous prétexte d’être initié se permettait d’être sans cesse insultant envers les femmes qu’il prétendait tant aimé… (Et accessoirement envers toute personne qui le critiquait).
L’enfant est parti dans une diatribe inquiétante, vociférant des propos tel que « je t’emmerde », « va te faire foutre » et autre gentillesse….


Je n’en veux pas à ce garçon profondément bête, même si j’avoue me questionner sur une telle virulence, alors que nous étions politiquement plus proches qu’opposés – un jour, il faudra aussi se pencher sur les névroses exacerbées (et taboues) chez les NoirEs.

Le fond du sujet n’a pas vraiment d’intérêt mais si j’introduis mon post par cette petite anecdote, c’est parce qu’elle me rappelle des clashs précédents et un constat effrayant : une communauté afro, certes, de plus en plus interpellée et positionnée sur les questions noires mais de manière ultra-supra-méga violente.
Qu’il y ait des DIVISIONS, rien de plus normal ! L’unique raison pour laquelle nous formons une communauté est due à une expérience qui transcende la classe, le genre, la culture, l’histoire : être assignéE à une infériorité naturelle en raison d’un taux de mélanine important.
La Négrophobie n’a jamais été aussi forte, comme en témoigne l’actualité de ces derniers temps : manifestations des Afro-américains de Ferguson suite au meurtre d’un jeune homme de 18 ans non armé par un policier blanc, mort d’un joueur de football international camerounais par un supporter algérien, silence des « humanistes » anti-impérialistes sur le drame kongolais au 6 millions de morts ou encore des peaux de banane jetées à la figure et comparaison à un singe subie par la ministre de la Justice, garde des sceaux.
L’urgence est donc à son comble : être noirE dans ce monde de tarés ne vaut rien et malheureusement nous n’avons aucun appui politique, pas même de nos pays d’origine – Souvenez-vous de ces étudiants kongolais sauvagement battus par la police indienne, l’Inde n’a jamais eu d’inquiétude sur d’éventuelles conséquences diplomatiques négatives concernant ses intérêts au Kongo.

Non seulement nous sommes seulEs mais lorsque nous essayons de nous organiser, on oublie que nous ne formons pas un bloc homogène et ne partageons aucune identité unique et commune en dehors de la noirceur de notre peau.
Trop souvent, on refuse de prendre en compte que nos expériences, nos vécus et nos histoires sont multiples et diverses, par conséquent nous n’avons pas les mêmes intérêts sur de nombreuses questions sauf pour la QUESTION NOIRE !
Je suis lasse de répéter cette réflexion qui va pourtant de soi – en même temps l’art d’enseigner ne consiste t-il pas à se répéter sans cesse 🙂 –
Ne pas souligner cela, c’est poursuivre une logique raciste qui veut qu’être noirE, c’est être comme cela ou comme ceci, s’enfermer dans les stéréotypes, s’interdire d’être soi, ne pas assumer sa spécificité.
Ne pas promouvoir nos différences, c’est cautionner la mystification des noirEs, les ranger dans une sorte de sous-humanité provenant d’un même pays, l’Afrique.
Ne pas inclure les NoirEs inscrits sur des routes alternatives ou confinés dans les marges, c’est reproduire des mécanismes de hiérarchisation contre lesquels nous tentons pourtant de lutter.
Mais ce qui est le plus grave, est de s’entêter à rester aveugle aux différences ou pis de les combattre, car c’est aiguiser les haines intracommunautaires au détriment de la cause, empêcher de construire des ponts, détruire la solidarité dont nous avons ABSOLUMENT besoin pour porter nos revendications de dignité et de respect.

Je suis atterrée par les divisions entre Antillais/Africains, hommes noirs/femmes noires. Complètement attristée par les NoirEs islamophobes, les NoirEs consensuellement sexistes, homophobes et transphobes. Sans parler de la condescendance des NoirEs privilégiés envers les NoirEs restés en bas.
Toutefois, je prends en compte ces différences inéluctables et même si beaucoup des miens me débectent, je refuse de tomber dans le piège de la haine et l’insulte car dans ce monde, ils restent mes principaux alliéEs, si ce n’est les seulEs…

À l’heure actuelle, je suis donc dans ce positionnement étrange voire paradoxal où bien que des choses me gênent, j’en viens à défendre coûte que coûte, publiquement des individus dont je ne valide pas les valeurs ou les actions.
Je déteste le capitalisme, l’idéologie individualiste et successful à tout prix pourtant n’étant pas anarchiste, ne vivant pas à la marge de ce système, je soutiens et encourage les entrepreneurs noirEs, j’achète en priorité leurs produits, me rends dans leurs événements et mangent dans leurs restaurants, privilégie leurs instituts de beauté, de coiffure, magasins de wax.
Je déteste ce gouvernement de gauche néolibéral et l’UMP pourtant je soutiens Christiane Taubira et Rama Yade dont la présence sur la scène politique française est une bénédiction.
Je déteste ce journalisme de pacotille et les films qui exaltent la négrophobie sans scrupule pourtant j’encourage la visibilité de journalistes et acteurs noirEs dans le PAF, indispensable dans une culture de l’image importante. (Ceci vaut pour tous les arts dominants)
Je déteste les Beyoncé, Rihanna & Co, trop éclaircies, jouant trop les bêtes sexuelles à mon humble avis mais je me réjouis de leur existence qui insuffle une note d’espoir, en tant que modèle de réussite pour les femmes noires et modèle de remise en cause de certaines normes.
Je déteste les dirigeants et diplomates africains à la médiocrité et aux compromissions légendaires pourtant je m’insurge lorsqu’ils font l’objet de mépris en étant mal (voire pas) accueillis par les chefs d’Etats occidentaux, lors des sommets internationaux ou font l’objet d’enquête de la part de la CPI bien plus fréquemment que d’autres dirigeants non africains tout aussi nuls et anti-démocratiques.
Je déteste la virulence, le sexisme et des méthodes cheloues digne d’un faux pasteur de Kemi Séba, pourtant je ne rate pas ses écrits et autres interventions et je ne cesserai pas de le suivre car ce qu’il fait me nourrit bien plus que n’importe quel gogole humaniste utopiste lisse et surtout pas concerné, l’ouvrant depuis son canapé.
J’ai été trahi par d’anciennes collaboratrices appartenant à la blogosphère afro pourtant je n’hésite pas à relayer les informations promouvant leur travail, véritable bouffée d’oxygène.

Tout ceci, pour dire que ces soutiens ne sont pas seulement une action réfléchie et intrinsèquement politique, mais aussi le fruit d’une forte envie de me sentir plus apaisée et plus sereine dans mon combat anti-négrophobie.
Plus que jamais, je souhaite cultiver ma gentillesse. Dans une société aussi violente que la notre, être gentil, respecteux, compréhensif et empathique est acte politique fort.
Alors dans la continuité de l’excellent post de @negreinverti, s’aimer politiquement entre hommes noirs et femmes noires, je veux développer l’amour politique envers les miens, à tous ceux qui appartiennent à la communauté afro.
Tous les jours, lorsque je visite les sites Afros et que j’ai le malheur de lire les commentaires, je suis incrédule, choquée, outrée et dépassée. Car chaque fois, j’y lis et observe des noirEs tenant des propos violents, insultants, intransigeants, moralisateurs à l’encontre d’un autre noirE sur la question qui nous lie tous !
C’est si triste de voir à quel point les NoirEs sont plus durs, plus haineux et plus méprisants dès qu’unE noirE fait quelque chose et quoi qu’ils fassent. On a sacrément bien intériorisé la haine de soi : il n’ y a que chez les NoirEs où nous n’avons pas le droit d’être imparfait et/ou faillible, de se laisser aller, d’en avoir rien à foutre… Il n’y a que chez les NoirEs où l’on ne peut reconnaître que nous ne pouvons pas tout, que nous ne savons pas tout, sans parler de ceux qui s’émancipent de la communauté comme si cela empêchait la solidarité ou la conscience d’être noirE.

Pour remédier à cela, je ne vois qu’une seule chose, la plus saine de toute : il nous faut développer l’amour politique au sens d’acte politique et non d’affect ! Oui, développons plus d’amour, d’empathie, de tolérance envers les nôtres, peu importe que nous adhérons ou pas à leurs actions ! Arrêtons de gaspiller nos énergies à nous entre-tuer verbalement, à nous rabaisser continuellement ! Les autres le font suffisamment pour nous ! Ne nous trompons pas d’ennemi !
Le respect des uns et des autres dans toute notre diversité est PRIMORDIALE pour lutter contre la NÉGROPHOBIE et atteindre la paix intérieure et extérieure essentielles pour avancer !

Alors VIVE L’AMOUR POLITIQUE entre hommes noirs et femmes noires !
Et ne cessons pas de nous critiquer, interpeller, dénoncer les uns les autres mais dans la BIENVEILLANCE 😀

 

Publicités

Auteur : manyyyyyyyy

Jeune trentenaire, enseignante, afroféministe et panafricaine, je m'attèle à ce que le monde et moi cheminions vers plus de justice, de paix et d'amour.

9 réflexions sur « « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » [proverbe africain] – Un cri d’amour à ma communauté afro ! »

  1. Ton texte est parfait! Il y a eu un débat assez houleux sur twitter récemment, sur la bienveillance, et tu as écris tout ce que je ressentais sans arriver à le formuler! 🙂

  2. L’humain a ce propre de toujours vouloir classifier les choses ou même les êtres humains. Une couleur, une religion, un courant politique,…
    Il faut absolument se reconnaître dans quelques choses pour avoir l’impression d’exister. Pourtant dans le fond ne sommes nous pas seuls a penser différemment de tous, tout en reconnaissant certains points chez les autres? Il faut bien faire des compromis et c’est en allant vers les autres que les autres viennent à vous.

  3. Bonjour,
    votre article me touche, moi la « white », la blanche (plutôt rouge d’ailleurs, aux premiers rayons de soleil). Je prône aussi la bienveillance et la courtoisie, qui n’empêchent pas d’être fidèle à ses idées et qui amènent à reconnaitre simplement que l’autre puisse avoir d’autres points de vue. Tout le monde dit que la France est un pays qui a raté son intégration, or c’est un pays qui semble t’il a un très fort taux de métissage. Nous avons aussi ce métissage culturel puisque ce qui m’a amené sur votre blog, c’est la recherche d’une maxime qui soit parlante pour les managers (white) que je vais former bientôt ! En échange, je vous en donne une que j’affectionne en ce moment, pour exprimer l’intérêt de coopérer plutôt que de rester seul dans son coin : « Personne ne sait tout et tout le monde sait quelque chose » – Florence Devouard (origine : http://qqcitations.com/citation/158562).
    Merci pour votre partage et que tout soit bon pour vous et les vôtres ! Hélène J.

  4. I totally agree. Rester divisés ne nous sert pas… mais les mentalités changent, car il faut du temps malheureusement. L’histoire, le mensonge, la corruption, l’argent, les bombes et les armes à feu ont gâché l’Humain. Nous ne subissons pas ce que parents et arrières parents ont subi. Certes, nos enfants et petits enfant à travers les forces et luttes continues, ne subiront plus du tout le fait d’être noir(e)s. Les couleurs du monde sont de toute beauté et non établies par l’ « H »omme. C’est le dessein du monde entier qui bascule du fait des discriminations basées sur la couleur de peau, le nom, le sexe, le handicap… et autres caractéristiques naturelles … Pour ce qui nous concerne, les noir(e)s ont trop longtemps baignés dans une organisation institutionnalisée pour se dresser les uns contre les autres ! Déjouons cela enfin! il est plus que temps ! … laissons émerger la sagesse intrinsèque, l’intelligence qui permet d’impacter les mentalités, par la démonstration que nous avons compris et sommes capables de nous aimer! Brisons à jamais ces barrières de la haine. La violence verbale comme toute autre violence sont vides de productivité. Sera ainsi réalisée notre inéluctable victoire !!!

Allez ! Tu as bien quelque chose à dire :-)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s